Vous avez soudainement l’impression désagréable d’avoir une pièce de monnaie ou du sang sur la langue ? Ce phénomène étrange, médicalement appelé dysgueusie ou paragueusie, est bien plus fréquent qu’on ne le pense. Si ce goût ferreux est souvent une gêne passagère liée à ce que vous avez mangé ou à une grossesse, il ne doit pas être ignoré lorsqu’il s’accompagne d’une fatigue anormale. Cette double sensation peut en effet être le signal que votre corps envoie pour alerter sur une carence, une infection ou un déséquilibre métabolique. Décryptons ensemble les origines de ce trouble et les solutions immédiates pour retrouver le plaisir de manger.
En bref :
- La dysgueusie métallique donne l’impression persistante d’avoir du sang, du fer ou une pièce de monnaie dans la bouche.
- Associé à la fatigue, ce symptôme signale souvent une carence en Zinc ou B12, une infection des gencives ou un effet secondaire de médicament.
- Ce phénomène est très fréquent et généralement sans danger chez les femmes enceintes lors du premier trimestre.
- L’utilisation quotidienne du fil dentaire est indispensable pour stopper les micro-saignements invisibles responsables du goût ferreux.
- Consommer des agrumes et utiliser des couverts en bois ou en plastique aide à masquer efficacement la sensation désagréable.
- Une consultation médicale ou dentaire s’impose si le trouble persiste plus de deux semaines ou s’accompagne d’un épuisement anormal.
Pourquoi ai-je un goût de fer et suis-je fatigué ? Les causes principales
Lorsque l’épuisement physique se combine à une altération du goût, il est rarement question d’une simple mauvaise hygiène. Il faut souvent chercher une cause qui affecte l’organisme dans son ensemble.
Carences nutritionnelles et anémie
Votre corps a besoin de micronutriments spécifiques pour assurer le bon fonctionnement de vos papilles gustatives et maintenir votre niveau d’énergie. Une carence sévère en vitamine B12 ou en Zinc impacte directement le système nerveux central et renouvelle mal les cellules gustatives, créant cette sensation métallique. De même, l’anémie ferriprive (manque de fer) entraîne une grande fatigue, un essoufflement et peut paradoxalement modifier les muqueuses buccales, laissant un arrière-goût ferreux persistant.
Infections buccales et pathologies gingivales
Le goût de métal est souvent, en réalité, un goût de sang microscopique. L’hémoglobine contenue dans le sang est riche en fer. Si vous souffrez de gingivite ou de maladie parodontale, vos gencives peuvent saigner discrètement. Dans des cas plus avancés, une infection spécifique appelée Angine de Vincent (ou gingivite ulcéro-nécrosante aiguë) provoque une fatigue générale intense, de la fièvre, des gencives douloureuses et un goût métallique très prononcé. Cette pathologie nécessite une prise en charge rapide par un dentiste.
Médicaments et traitements lourds
De nombreux traitements médicamenteux modifient la composition chimique de la salive ou provoquent une xérostomie (sécheresse buccale), ce qui concentre les saveurs métalliques. Parmi les molécules souvent responsables, on retrouve :
- Les antibiotiques (comme la clarithromycine ou le métronidazole).
- Les médicaments contre la goutte (Allopurinol).
- Le Lithium et certains antidépresseurs qui peuvent « bloquer » certaines papilles.
- Les traitements contre le diabète (Metformine).
Par ailleurs, les patients suivant une chimiothérapie ou une radiothérapie rapportent très souvent ce symptôme, associé à une fatigue liée au traitement lui-même.
Maladies systémiques (reins, foie, diabète)
Le goût dans la bouche est un excellent baromètre de votre santé métabolique. Lorsque le foie ou les reins ne filtrent plus correctement les toxines, des déchets s’accumulent dans le sang et altèrent l’haleine, donnant un goût d’ammoniac ou de métal. Le diabète non contrôlé peut également être en cause : l’état de cétose (souvent recherché dans les régimes cétogènes mais dangereux chez le diabétique) libère des corps cétoniques responsables d’un goût métallique caractéristique et d’une fatigue corporelle.
Les autres facteurs déclencheurs (temporaires ou environnementaux)
Parfois, la sensation métallique survient sans fatigue excessive. Dans ces cas, les causes sont souvent environnementales ou hormonales.
- Grossesse : C’est une plainte très fréquente au cours du premier trimestre. Les bouleversements hormonaux (notamment les œstrogènes) exacerbent le sens du goût et de l’odorat. Rassurez-vous, cette dysgueusie est bénigne et disparaît généralement spontanément après l’accouchement.
- Hygiène bucco-dentaire : Une accumulation de plaque dentaire et de tartre favorise la prolifération bactérienne, source de mauvais goûts.
- Troubles ORL et allergies : Le goût est intimement lié à l’odorat. Une sinusite, une rhinite, des polypes nasaux ou une allergie alimentaire (notamment aux pignons de pin ou à certaines noix) peuvent fausser votre perception des saveurs.
- Intoxication : Bien que plus rare, une exposition prolongée à des produits chimiques comme le plomb ou le mercure peut déclencher ce symptôme.
Comment faire disparaître le goût métallique ?
Si le traitement de fond dépend de la cause (médicale ou dentaire), vous pouvez mettre en place des actions immédiates pour soulager la gêne au quotidien.
Les bons réflexes d’hygiène immédiats
Une routine stricte permet souvent de réduire l’intensité du goût :
- Brossez vos dents deux fois par jour, mais n’oubliez pas de brosser aussi votre langue ou d’utiliser un gratte-langue pour éliminer le biofilm bactérien.
- Utilisez quotidiennement du fil dentaire ou des brossettes interdentaires. C’est le meilleur moyen de stopper les micro-saignements entre les dents qui alimentent le goût de fer.
- Hydratez-vous abondamment pour combattre la sécheresse buccale et fluidifier la salive.
- Réalisez des bains de bouche doux (bicarbonate ou solutions antibactériennes sans alcool).
Astuces alimentaires pour masquer le goût
Certains aliments neutralisent la perception métallique, tandis que d’autres l’accentuent. Voici comment adapter votre assiette :
| Aliments à privilégier (Masquent le goût) | Aliments à éviter (Accentuent le goût) |
|---|---|
| Agrumes (Citron, orange, pamplemousse) : leur acidité stimule la production de salive. | Viande rouge : riche en fer, elle renforce souvent l’impression métallique. |
| Épices et herbes aromatiques : Cannelle, menthe, gingembre, clou de girofle. | Aliments en conserve : le contact avec la boîte peut transmettre un goût. |
| Aliments froids ou glacés : apaisent les papilles. | Plats très chauds : la chaleur libère davantage les arômes désagréables. |
| Protéines alternatives : œufs, poisson blanc, tofu, légumineuses. | Plats fades : sans stimulation, le goût de métal reprend le dessus. |
L’astuce en plus : Si le goût est insupportable pendant les repas, essayez de remplacer vos couverts en métal par des ustensiles en plastique, en bois ou en bambou. Cela évite la réaction galvanique qui exacerbe la sensation.
Quand faut-il s’inquiéter et consulter ?
La plupart des dysgueusies sont passagères. Toutefois, une consultation médicale ou dentaire devient nécessaire si :
- Le goût persiste plus de 10 à 15 jours sans cause évidente (comme un repas épicé ou une prise ponctuelle de médicament).
- La fatigue associée vous empêche de mener vos activités habituelles.
- Vous constatez d’autres symptômes : fièvre, ganglions enflés, perte d’appétit, confusion ou saignements abondants.
- Le trouble survient après un traumatisme crânien ou la pose d’une prothèse dentaire.
Dans un premier temps, un contrôle chez votre chirurgien-dentiste permettra d’écarter les causes bucco-dentaires (caries, infections). Si tout est normal, votre médecin généraliste pourra vous orienter vers un ORL, un allergologue ou prescrire une prise de sang pour vérifier vos carences.

